par Marie-France BÉGIN
17 ans, 5e secondaire, polyvalente Louis-St-Laurent, East Angus
Nous sommes aujourd'hui le samedi 27 janvier au centre culturel de East Angus afin d'assister au spectacle de la talentueuse auteure-compositeure-interprète, Lynda Lemay, avec qui nous aurons une entrevue après le spectacle. Au commencement, la tension était forte pour la jeune chanteuse à cause d'un léger retard du spectacle. Cependant, Lynda a réussi à gagner le coeur de chaque spectateur grâce à son humour, à sa joie de vivre, mais surtout à sa merveilleuse voix. Dès les premières paroles, ce fut magique : la complicité s'installa dans la salle; elle avait réussi à toucher chacun de nous afin de nous faire partager son amour pour la chanson et la musique. Avec un charme qui n'appartient qu'à elle, Lynda Lemay nous transporta à travers sa vie. Ce fut un spectacle très intéressant où, à la fin de la soirée, elle nous accorda l'entrevue qui suit :
Q-As-tu toujours voulu être chanteuse ?
R-Pas vraiment, car je n'étais pas vraiment une chanteuse lorsque j'étais plus jeune. Le goût de la chanson est arrivé vers l'âge de 19 ans. Ce qui m'a amenée à faire le métier de chanteuse, c'est vraiment parce que j'écrivais. Moi, lorsque j'étais plus jeune, ma grande passion était d'écrire, alors j'écrivais des poèmes et j'avais peut-être le rêve d'écrire des romans un jour, car c'est tellement gros comme passion que j'ai cru que je serais bonne là-dedans. Finalement, vers l'âge de 19 ans, j'ai commencé à plaquer des accords de piano et à chanter des mélodies là-dessus, sur mes textes et je me suis rendu compte que ça faisait des chansons. Il a alors fallu que j'apprenne à chanter. Je l'ai appris par moi-même à force de vouloir faire des petits "show" devant ma famille, c'est de cette manière que ç'est parti.
Q-Quel genre d'adolescente étais-tu?
R-J'étais une adolescente assez timide. Si je repense au secondaire... de secondaire un à quatre, je n'étais pas parlable, je n'avais pas beaucoup d'amis, j'étais une fille très réservée. Les gens, qui m'ont connue dans ce temps-là et qui voient le métier que je fais aujourd'hui, ne doivent rien comprendre, ça n'a aucun rapport avec la petite fille que j'étais à cette époque-là. Sauf que, en secondaire cinq, j'ai commencé à me dégêner un peu, je ne sais pas ce qui a été le déclencheur, je sentais que les gens avaient de l'intérêt pour moi, que je n'étais pas aussi inintéressante que ça, car je me pensais inintéressante, il me semblait que toutes les filles étaient plus belles, plus intéressantes. A un moment donné, en secondaire cinq, je me suis rendu compte de ce que je valais, de ce que j'étais et j'ai pris confiance. Mettons que rendue au CEGEP, ça allait bien.
Q-Y a-t-il quelqu'un qui t'a encouragée à être chanteuse?
R-Ma famille beaucoup, parce qu'elle aimait ce que j'écrivais et qu'elle trouvait que ma voix laissait bien passer le genre d'émotions que je voulais faire passer avec les chansons que j'écrivais. Avant que je me mette à composer mes premières chansons, il n'y a jamais personne qui ne m'a poussée à faire de la chanson parce que tout le monde ignorait que je pouvais peut-être avoir une voix si je la travaillais. C'est vraiment mes proches qui, quand j'ai commencé à chanter, m'ont encouragée à continuer.
Q-Qu'aurais-tu voulu faire, si tu n'avais pas été chanteuse?
R-Je me suis longtemps posé la question... tout le long du CEGEP, j'avais déjà commencé à composer des chansons, donc quand je m'enlignais dans mes études, quand je me suis inscrite au CEGEP, je ne savais pas quoi faire, je ne me doutais pas du tout que je pourrais un jour écrire des chansons. Je ne savais pas où je m'en allais. Je m'étais inscrite en sciences pures en pensant que ça m'ouvrirait toutes les portes à l'université. Finalement, je ne suis jamais allée à l'université. En fait, je sais que j'avais un rêve lorsque j'étais plus jeune, celui de devenir archéologue. C'était juste un rêve ben fou, je n'ai jamais étudié pour le devenir; mais ça je sais que je trouvais passionnant de creuser dans la terre pour trouver des affaires qui avaient déjà existé; trouver des ossements, des ustensiles, des pots de l'ancien temps, ça me fascinait. L'archéologie est un domaine qui m'aurait peut-être tentée.
Q-Que fais-tu pour combattre le trac?
R-Je m'arrange pour ne pas rester toute seule avant un spectacle. Ce qui fait que j'ai le trac souvent, c'est quand j'ai des périodes seule dans la loge et là, je me mets à penser... et si j'oubliais mes paroles, ou d'autres choses stressantes, des choses dont j'ai peur qu'elles puissent se passer. J'essaie d'être bien entourée par des gens qui m'aident à combattre mon trac, et en même temps, je suis chanceuse, je n'ai pas beaucoup le trac avant un spectacle. J'ai tellement hâte de monter sur scène que ça ne m'énerve pas vraiment. J'ai surtout le trac lorsqu'il faut que je chante une chanson que ça fait longtemps que je n'ai pas chantée, ou lorsque j'arrive en retard et que je sais que les gens attendent après moi, là, j'ai un peu le trac. Mais habituellement, lorsque je sais que la technique est prête ainsi que les musiciens, je n'ai pas beaucoup le trac.
Q-Vous devez beaucoup aimer le public?
R-J'adore le public. Souvent, ce sont les visages des gens que je peux voir pendant le spectacle, c'est pour ça que j'aime les salles intimes, car je peux voir les faces des gens. Si les gens ont l'air intéressés, si je sens qu'ils ne sont pas dans la lune, qu'ils ont de beaux sourires et qu'ils aiment le genre de chansons que je fais, si je lis ça dans leurs visages, ça me nourrit énormément, et je pense que les gens qui sont dans les salles de spectacle sentent que j'ai besoin de sentir le contact et à quelque part, je crois que c'est réciproque, ils aiment ça eux aussi sentir le contact avec moi.
Q-Quel est votre plus grand rêve?
R-Il est déjà pas mal réalisé mon plus grand rêve. Je suis tellement heureuse dans ma vie: j'ai une carrière que j'aime, je fais ce que j'aime, j'écris des chansons et les gens les aiment. Je prépare un album, je l'offre au public et il l'apprécie. La preuve : on est rendu à un disque platine et je n'en reviens pas. Au niveau personnel, j'ai rencontré l'homme de ma vie, une chose que je ne pensais jamais qui m'arriverait. C'est l'homme le plus extraordinaire du monde, c'est l'harmonie totale dans la famille chez nous. J'ai vraiment tout ce qu'une femme peut désirer. Le seul rêve qui me reste à réaliser, ce sont les enfants.
Q-Est-ce que le mariage était important pour toi?
R-Si je rencontrais l'homme de ma vie, oui. Je me disais que si un jour j'avais le désir de fonder une famille, j'avais eu l'exemple de deux parents qui sont heureux, ils se sont mariés, ont eu des enfants, ils ont bâti quelque chose d'extraordinaire, ça a tout le temps été le fun chez nous, ça a été un peu cette espèce d'image idéale-là que j'avais, c'était important pour moi. Quand j'ai rencontré Patrick, je voulais faire quelque chose de formel, de dire devant Dieu et devant les hommes que, oui, j'aimais cet homme-là pour toujours et c'est sûr que, parfois, le bonheur ce n'est pas ce qui est le plus facile à avoir, il faut travailler pour l'avoir, tandis que le malheur, on a juste à se laisser aller pour qu'on tombe dans le malheur, le bonheur ça se travaille et c'est ça que je promettais en me mariant, que je ferais tout pour conserver ce beau bonheur-là.
Q-Si ce n'est pas indiscret, voulez-vous des enfants et combien?
R-Ce n'est pas indiscret. Posez-moi toutes vos questions, je suis un grand livre ouvert (rires). J'aimerais en avoir 2 ou 3, peut-être. Comme je le dis dans la chanson "La marmaille", je n'ai jamais cru que, un jour, je voudrais des enfants. Je n'étais vraiment pas le genre de fille à avoir des flots. Je ne me voyais pas avec ça pantoute, c'est fou ce que l'amour peut faire (rires).
Q-Est-ce que votre relation de couple est difficile puisque vous ne pouvez pas toujours vous voir à cause des tournées?
R-J'avoue que l'affaire qui est dure dans notre couple, ce sont justement les séparations. Nous sommes tellement bien ensemble et nous nous aimons tellement, que c'est la première fois de ma vie que je m'ennuie quand je suis en voyage. On avait beau être très proche dans la famille, chez nous, je ne me suis jamais ennuyée. Je pouvais passer du temps sans les voir mais ça ne me dérangeait pas, je savais qu'on était proche quand même. Mais, le contact avec mon chum, il est important, et j'avoue que ça c'est difficile et on est conscient que ça fait partie des difficultés auxquelles il va falloir faire face.
Q-Que détestez-vous?
R-Ce que je déteste? (temps de réflexion) J'aime pas mal d'affaires. Ce que je déteste... Le ménage, j'haïs ça pour mourir. On a eu des souris dans la maison et je n'étais même pas capable de les capturer, je les trouvais attachantes (sourire). J'ai même écrit une chanson là dessus... "Les bébittes j'haïs pas ça, j'aime ça."
Q-Et la visite?
R-La visite qui s'annonce pas, j'haïs ça (rires). Je déteste complètement recevoir de la visite inattendue, ça c'est évident. C'est pas juste romancé dans ma chanson, je me suis souvent vue en train de me cacher en arrière du comptoir. Ça sonne à porte et là, je m'accroupis en arrière du comptoir, le temps qu'ils s'en aillent et qu'ils pensent qu'il n'y a personne dans la maison. Quand tu n'es pas préparée, t'as les cheveux tout croches, t'es en pyjama, t'as l'air folle, effectivement, je n'aime pas ça me faire surprendre dans mon intimité. (rires)
Q-Combien de chansons avez-vous écrit pour d'autres interprètes que vous?
R-Il y a juste pour France d'Amour que j'ai écrit jusqu'à maintenant, et j'ai écrit cinq textes sur son dernier album.
Q-Et pourquoi pour elle?
R-Elle, elle est spéciale. Moi, j'étais une fan de France d'Amour. Avant même de la connaître personnellement, j'allais voir ses spectacles. Elle est venue à un de mes shows, puis j'ai su qu'elle voulait de mes textes, ça m'a surprise. Nous avons deux styles très différents, mais nous avons envie de dire les mêmes affaires et un peu de la même façon. Elle, c'est plus avec un style rock et moi, avec un style ballade. Ça a cliqué tout de suite. Avec elle, c'était pas compliqué.
Q-D'où vient ton inspiration?
R-Elle vient de la vie, de tous les jours; un détail dans la vie quotidienne, ça va m'inspirer une chanson. Peu importe où je m'en vais, je peux regarder une orange ou un panier de fruits et ça va m'inspirer une chanson. Comme dans "L'oeil magique". Je regarde une porte et je me mets à écrire sur une porte et je me rends compte que les portes peuvent faire les mêmes affaires que les femmes. N'importe quoi peut m'inspirer une chanson, car j'aime jouer avec les mots, avec les idées. J'aime ça remplir des pages blanches avec des mots, donc, à partir de ça, je peux écrire des chansons. C'est sûr que parfois ce sont de gros thèmes qui vont m'inspirer. Tout ce qui me fait peur, qui me révolte, va m'inspirer souvent des chansons. Si je parle de violence, de maladie, de mort et de tout ce qui m'effraie, ça va me faire écrire, c'est bien évident, mais en même temps, ça peut être un petit détail comme un crayon (rires). Ça va me faire écrire, n'importe quoi.
Q-Dans plusieurs de vos chansons, vous chantez la désillusion. Est-ce vraiment de cette manière que vous voyez la vie?
R-Je la voyais un peu comme ça à un moment donné, parce qu'avant de rencontrer Patrick, je chantais souvent la désillusion au point de vue amoureux. Ça a changé heureusement, mais je l'écrivais de cette façon-là et dans le fond de moi, j'espérais que ce ne soit pas vrai et heureusement, aujourd'hui, dans les chansons que j'écris, il y a l'espèce d'autre côté de la médaille qui refait surface, c'est comme peu importe ce que je vais faire, tout au long de ma vie, les chansons que j'écrirai vont ressembler beaucoup à ce que je vis. Vous allez presque pouvoir suivre le cheminement de ma vie à travers les chansons que vais écrire au fil des années. C'est vrai que, au moment où j'ai écrit l'album "y", j'étais très désillusionnée et "Le plus fort, c'est mon père", je me disais qu'il ne devait pas en exister d'autres comme lui, que ça doit être fini et finalement, oui, il en reste et aujourd'hui, je le dis et je pense que c'est plein d'espoir. Même si, à ce moment-là, je ne voulais pas écrire des chansons sans espoir, je ne pense pas avoir découragé personne avec les chansons que j'ai écrites, sauf que des fois, c'est le "fun", si on se lamente de pouvoir se lamenter avec d'autres personnes, ça fait du bien (rires).
Q-Comment choisissez-vous les musiciens avec qui vous travaillez?
R-Ça dépend, il faut essayer de travailler avec certaines personnes, ça clique ou ça ne clique pas, on le voit presque tout de suite. Quand j'ai rencontré Yves Savard qui est avec moi depuis quelques années en spectacle, c'est tellement pas compliqué, que c'est ça le critère finalement, il faut que quand on joue de la musique avec quelqu'un, il faut être sur la même longueur d'onde, il ne faut pas avoir besoin d'expliquer en détail ce qu'on veut. Au point de vue musical, il faut que ça soit presque naturel, qu'il comprenne avec les émotions qu'on y envoie. On y va vraiment au "feeling".
Q-Décrivez-vous en quelques mots...
R-Je me décrirais comme une personne tellement simple et pas compliquée que les gens, en écoutant mes chansons, peuvent se demander si c'est la même personne qui écrit les chansons que celle qui est là dans la vie de tous les jours. Parce que des fois, dans mes chansons, je peux avoir l'air bien songée et même avoir des côtés bien obscurs et les gens qui m'entourent ne pourront jamais le déceler dans la vie de tous les jours. Et je ne sais pas, je pense que je représente pas mal bien la madame-tout-le-monde et je pense que le côté des chansons, c'est la madame-tout-le-monde. Elle a peut-être un côté caché qui ne paraît pas tout le temps, parce qu'elle ne sait pas toujours écrire ce qu'elle pense.
Q-Comment vous êtes-vous sentie lorsque vous avez appris que vous étiez en nomination dans plusieurs catégories au très prestigieux gala de l'ADISQUE?
R-Bien, je capotais, j'étais contente au boute et j'étais vraiment surprise du nombre de nominations que j'avais et c'est sûr que de ne pas avoir gagné, je m'attendais à ça et ce qui me décevait le plus, ce sont les regards des gens qui disaient : "Oh, on aurait aimé ça que tu en gagnes un...". Là, je me disais : "Oh, non, je ne voulais pas décevoir personne, moi, je ne suis pas déçue. Alors, j'étais vraiment très flattée de m'apercevoir à quel point mon travail avait été remarqué."
Q-Quel conseil donneriez-vous à une personne qui veut commencer dans la chanson professionnelle?
R-C'est compliqué, car il n'y a jamais personne qui prend le même chemin pour arriver à faire une carrière en chanson. Moi, ça a été par les concours, parce que j'écrivais mes propres chansons. Ça ne me tentait pas de m'embarquer dans la "run" des bars, donc, pour moi, les concours ont été une façon d'aller chercher une bonne expérience, de jouer parfois avec des musiciens professionnels, comme à Granby. Je me dis, qu'on gagne ou qu'on gagne pas, c'est sûr que c'est une expérience positive, sauf à un moment donné, si ça fait quarante concours que tu fais, faut pas en faire trop non plus, faut pas s'acharner à essayer de gagner un concours en pensant que c'est ça qui va être la clef et que c'est ça qui va débuter la carrière. Il y a toutes sortes de chemins pour y arriver. L'important, c'est d'y croire et de ne pas avoir peur de s'entourer de personnes qui y croient autant que nous.
Comme vous avez pu le constater, Lynda Lemay fut d'une gentillesse hors du commun. Elle a répondu à nos questions avec une spontanéité et un naturel désarmants. Au nom de toute l'équipe du journal, je tiendrais à la remercier très sincèrement. Les membres de l'équipe du journal veulent aussi remercier Mme Suzanne Bussière, car c'est grâce à elle que nous avons pu réaliser cette entrevue. Un grand merci! En terminant, merci à Jésabel Bergeron pour sa participation à l'entrevue ainsi qu'à toutes les personnes responsables du centre culturel de East Angus.
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