par Isabelle BLAIS
17 ans, 5e secondaire, école Le Ber, Sherbrooke
Le soleil s'était glissé par le carreau de la fenêtre et inondait l'immense pièce, la Bibliothèque comme la nommaient les résidents du Manoir Lennox. Un foyer de marbre blanc, sur lequel étaient disposés différents portraits des ancêtres familiaux, laissait entendre le chaleureux crépitement du feu. Les murs étaient tapissés de mille et un livres aux reliures toutes plus splendides les unes que les autres. Et c'est là, tout près du foyer, qu'Élizabeth était assise tout en contemplant le berceau.
Ses cheveux d'ébène châtoyant étaient nattés et retenus au sommet de sa tête pas deux délicats rubans de velours écarlates. De jolis boucles retombaient sur son visage angélique. Les employés avaient un jour décidé de l'appeler Élizabeth la Magnifique car ses yeux bleus, sa peau de pêche et sa bouche généreuse reflétaient la douceur et la beauté. Pourtant son visage était aujourd'hui ravagé par la tristesse et le désespoir.. Ses joues étaient creusées, sa peau pâlie et ses yeux se perdaient dans la mélancolie.
Paisiblement, le soleil était descendu et avait cédé la place à une nuit sombre, froide et humide. Élizabeth laissa de côté le livre qu'elle lisait pour jeter un coup d'oeil au berceau. Avec la délicatesse et la tendresse d'une mère, elle prit le minuscule poupon emmitouflé. Elle vint le poser sur sa poitrine puis le contempla pendant quelques minutes. Le feu s'éteignit lentement et le froid commença à emplir la bibliothèque sans qu'elle en eût conscience.
Avec l'enfant lové dans ses bras, Élizabeth chantonna une berceuse ; puis sous une impulsion étrange venue d'un recoin perdu de son esprit tourmenté, elle se mit à lui raconter une histoire.
Ainsi commence l'histoire : " Il était une fois, une famille heureuse ; un homme et une femme qui portait en son sein un enfant... Un jour vint où la dame dut demander à son mari d'aller chercher le médecin et la sage-femme. La douleur qui la tenaillait était atroce, insupportable ; mais mue par le courage et la joie de voir son bébé, elle ne rechignait pas. Le médecin arriva suivi de la sage-femme. Vaillamment, ils se mirent au travail. la femme souffrait maintenant un martyr terrible ; sur son front la sueur perlait. Elle regardait anxieusement le médecin qui jetait des regards inquiets, très inquiets à la sage-femme.
Dans un cri venu de ses entrailles, de son âme, elle mit au monde un petit garçon. Jamais la dame n'avait été si heureuse. Son coeur était empli d'amour, d'espoir. C'était comme une douce musique qui venait la bercer après tant de souffrances.
Puis, dans un éclair de lucidité, elle vit les yeux clos, la peau bleue et surtout elle ne vit aucun mouvement et n'entendit aucun son qui aurait annoncé la vie. Alors elle sut, elle comprit la terrible vérité. L'enfant, son enfant... était mort. La pauvre sentit son corps perdre toutes ses forces et sombrer dans le noir.
Lorsqu'elle eut assez de force pour se relever, elle chercha son bébé dans toutes les pièces du manoir. Et c'est dans la bibliothèque qu'elle le trouva. Il était dans un berceau près du foyer.
Elle le prit dans ses bras et lui raconta une histoire... "
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