par Philippe AMMAN
18 ans, 5e secondaire, centre Le Goéland, Sherbrooke
Illustré par Jean-Philippe Brousseau et Amélie Couturier,
11 ans, 6e année, école Académie du Sacré-Coeur, Bomptonville
Lorsqu'on vous l'affirme, vous ne le croyez pas...
Lorsque vous le voyez, vous refusez de l'admettre.
Et lorsque enfin, on vous en amène une preuve défiant toute logique,
une étrange sensation vous envahit.
Je me présente: sir Oward McEwans, écrivain à succès et gentilhomme de noble lignée. L'histoire que je m'apprête à vous conter est sans nul doute la plus incroyable et la plus dérangeante qui me soit arrivée. L'action se situe près d'un petit village isolé du nord de l'Angleterre, en octobre 1897. J'étais parti en voyage en compagnie de mon bon ami le docteur Hans Vanheinberg, psychiatre réputé à l'époque, pour travailler à mon prochain roman. Nous avions pris le train jusqu'au village; de là, nous continuâmes dans un fiacre jusqu'au manoir où nous avions loué une chambre.
Pour ce faire, nous dûmes passer par une petite route qui traversait une immense étendue sinistre et mélancolique : les landes du nord de l'Angleterre. Les ténèbres tranquillement s'en emparaient tandis que le soleil commençait à sombrer derrière les collines. Tout à coup, nous entendîmes un long cri déchirant venant troubler le silence inquiétant des bruyères ténébreuses. Un hurlement terrible me glaça le sang. Je regardai mon ami qui me dit en chevrotant: Sans doute un loup ou quelque animal de la sorte... Pour toute réponse, je me contentai de déglutir en desserrant le col de ma chemise. Nous arrivâmes peu après au manoir, lugubre, digne d'un roman d'épouvante. Nos hôtes nous y attendaient: Heathcliff, le maître des lieux, plutôt antipathique; Catherine, une charmante jeune fille et un vieux valet aux cheveux argentés. Nous passâmes presque aussitôt à table. Le repas se déroula dans le malaise le plus complet: les seuls mots échangés furent ceux de mon ami, qui visiblement attiré par la jeune fille, demanda à Heathcliff si elle était son épouse. Catherine pouffa de rire, Heathcliff, lui, le prit tout autrement et frappa la table du poing en lui répondant d'une voix tonitruante qu'il avait plus du triple de son âge. Le repas se termina dans le silence le plus complet.
Après ce souper, nous montâmes nous coucher. Fatigué par le voyage, je n'eus aucune peine à trouver le sommeil et m'endormis presque aussitôt. Je fus toutefois brusquement réveillé par ce même hurlement démoniaque qui, cette fois, résonna avec plus d'intensité. Je me levai rapidement, mon coeur palpitait nerveusement et mes genoux s'entrechoquaient malgré moi. Je me dirigeai à tâtons vers la fenêtre par laquelle je jetai un coup d'oeil: un spectacle terrifiant m'attendait. L'énorme bête s'éloignait lentement du corps inanimé du valet de chambre. Peu à peu, elle disparut dans la nuit, s'évanouissant dans les ténèbres. Je refusais de croire ce que je voyais, c'était trop pour moi! J'essayais en vain de trouver une explication logique à ce qui m'était apparu. Était-ce une hallucination? Peut-être étais-je en train de rêver? Et, tout à coup, mon ami, le docteur Vanheinberg, entra dans ma chambre, le visage livide, les yeux hagards ; il commença à débiter une série de phrases incohérentes et incompréhensibles. Je le gifflai vigoureusement pour lui faire reprendre ses esprits, ce qui eut l'air de le surprendre. Cette claque me fit sans doute plus de bien qu'à lui. Me sentant un peu ressaisi, je me décidai à sortir.
Sans tarder, je saisis mon revolver caché dans le double fond de ma valise et, prenant mon courage à deux mains, j'y allai. Je descendis les marches quatre à quatre, puis arme au poing, j'ouvris la porte d'une main ferme et décidée pour tomber face à face avec le monstre. Il attendait sa proie qui jamais n'oublierait ce regard diabolique. Ces yeux-là resteraient gravés dans ma mémoire comme deux boules de métal flamboyantes qui scintillaient dans la nuit. Là, je perdis tous mes moyens: l'arme glissa de ma main, je n'eus que le temps de crier avant que la bête ne bondisse sur moi. Je m'étendis de tout mon long, les yeux fermés prêt à faire face à la mort. Puis soudain, je sentis une énorme langue gluante passer sur mon visage. J'ouvris les yeux pour me rendre compte qu'un énorme chien, portant une sorte de verre de contact d'un vert métallique, m'étouffait de tout son poids.
En un instant, tout le monde était là: mon ami le docteur , Heathcliff, la jeune Catherine et même...le valet! Tous riaient de bon coeur. Puis mon ami se pencha au-dessus de moi et dit: Oward, je te présente ma femme Catherine, son père Heathcliff et leur dévoué valet, puis il éclata de rire. Ils avaient tout manigancé, tout avait été monté de toutes pièces.

Et ce roman que je devais écrire s'est ainsi transformé en nouvelle.
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